miércoles, 12 de noviembre de 2014

TOSCA, LA CRUCIFIÉE, À L'OPÉRA DE PARIS




Martina Serafin est une Tosca digne. Sa voix, admirablement maîtrisée, déploie de riches couleurs. –
Photo Charles Duprat/Opéra national de Paris

Tosca (De Giacomo Puccini.Direction de Daniel Oren. Mise en scène de Pierre Audi. A l'Opéra Bastille (operadeparis.fr), jusqu'au 28 novembre. 3 heures.)
Elle se devine à peine au premier acte de l'opéra de Puccini. Une haute structure de bois peinte en noir permet de représenter l'intérieur de l'église Sant'Andrea della Valle à Rome, d'installer d'un côté Mario Cavaradossi en train de peindre, de l'autre Cesare Angelotti, prisonnier politique en fuite venu s'y réfugier. Puis aux deuxième et troisième actes, l'immense croix plane sur le plateau de l'Opéra Bastille, inquiétante et inquisitrice. Elle symbolise l'éternelle alliance du sabre et du goupillon qui maintient sous sa coupe cette Italie du début du XIXe siècle. Le redoutable baron Scarpia, chef de la police, fait régner la terreur sous prétexte de morale, mais il ne peut contenir son attirance pour la cantatrice Floria Tosca. Elle sera forcée de céder à ses avances pour obtenir la libération de Mario, qu'elle aime. C'est aussi le martyre de Tosca que représente cette croix. 

A défaut d'être saisissante ou originale, la mise en scène de Pierre Audi a le mérite de rester lisible, fidèle au livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica - et de ne jamais contrarier le récit. L'arrivée de l'évêque et de sa suite couverts de dorures et de bijoux comme échappés de « Fellini Roma » ne s'imposait sans doute pas et il aurait sans doute mieux valu resserrer la direction d'acteur lors du jeu du chat et de la souris entre Scarpia et Tosca. Cela dit, qui découvre cet opéra en comprendra les enjeux et l'intensité dramatique d'autant plus que la partition est plutôt bien servie.
La passion de Daniel Oren
Fin connaisseur du répertoire lyrique italien, Daniel Oren dirige avec la passion nécessaire cette tragique histoire d'amour, mais il évite les sentiments faciles et obtient de subtiles nuances d'un orchestre de l'Opéra national de Paris des grands jours. Familière du rôle qu'elle a déjà incarné sur cette même scène dans la précédente mise en scène de Werner Schroeter, la soprano autrichienne Martina Serafin est une Tosca digne. Elle ne brûle pas les planches, mais sa voix, admirablement maîtrisée, déploie de riches couleurs.
Piètre acteur, mais voix de soleil, Marcelo Alvarez convainc par la plénitude de son timbre, la justesse de son émission et l'intelligence de son chant (en témoigne le merveilleux « Recondita armonia » au premier acte). Mais on retiendra surtout le Scarpia retors de Ludovic Tézier, qui, sans jamais grimacer, impressionne et terrifie. Annoncé souffrant en début de spectacle, il a fait pourtant montre d'une aisance vocale à faire bien des jaloux.

www.lesechos.fr/week-end/culture/0203851376949-tosca-la-crucifiee-a-lopera-de-paris-1052814.php?AqJWTG9WtT0YJrFX.99

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