Diffusion le 22 juin sur France Musique
Andante de Mozart (1er violon et basse) et Mlle de Guînes
(2e violon) p. 10 du manuscrit - © Élie Ludwig / BnF
La BnF a découvert et identifié un manuscrit inédit de
Wolfgang Amadeus Mozart rédigé lors de son séjour parisien de 1778. Ce document
se présente sous la forme d’un cahier de 44 pages réunissant les leçons de
composition dispensées à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes
(1759-1795), harpiste accomplie et fille du duc de Guînes. Localisé en février
2026 au département de la Musique de la BnF, cet ensemble constitue une source
précieuse pour éclairer la manière dont Mozart concevait et transmettait
l’enseignement de la composition.
Gilles Pécout, président de la BnF : « Cette découverte est
bien, d’après les spécialistes, l’une des plus importantes de ces dernières
décennies.
À un double titre : parce qu’elle permet de documenter le dernier
séjour de Mozart à Paris et parce qu’elle nous révèle dans son quotidien ce
qu’est l’activité du jeune professeur Mozart, en dialogue avec son élève.
Je
suis heureux de redire que Mozart est aussi chez lui à la Bibliothèque
nationale de France, grâce à des dons et à des acquisitions qui ont fait de
notre département de la Musique le second gisement mozartien après celui de
Salzbourg. L’identification de cet autographe confirme l’universalité de nos
collections et laisse augurer de nouvelles et fructueuses coopérations
scientifiques et artistiques internationales, notamment avec l’Autriche. »
Une découverte majeure
Le 2 février 2026, François-Pierre Goy, conservateur chargé
des collections antérieures à 1800 au département de la Musique de la BnF,
examine un cahier de musique anonyme et sans titre de la fin du XVIIIe siècle.
Il a la surprise d’identifier une des écritures comme celle de Wolfgang Amadeus
Mozart (1756-1791).
Il sollicite alors l’avis de sa collègue Laurence Decobert,
cheffe du service Iconographie et documentation au département des Arts du
spectacle de la BnF, après avoir dirigé celui des Collections patrimoniales du
département de la Musique. Commissaire de l’exposition Mozart, une passion
française présentée à la Bibliothèque en 2017 et également musicologue,
Laurence Decobert connaît bien les manuscrits et l’écriture du compositeur et
confirme cette hypothèse. Le manuscrit est ensuite expertisé en avril 2026 par
Armin Brinzing, directeur de la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de
Salzbourg, qui valide à son tour l’attribution et souligne l’importance du
document.
Les leçons de composition données à la duchesse de Guînes
L’utilisation pour ce manuscrit d’un papier français et le
contenu − des exercices de composition et sept pièces pour flûte et harpe −
permettent d’y voir un témoin des leçons que Mozart donna quotidiennement de
mai à juillet 1778, durant son dernier séjour à Paris, à
Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes fille d’Adrien-Louis de
Bonnières de Souastre, duc de Guînes (1735-1806), flûtiste renommé et
commanditaire du concerto pour flûte et harpe KV 299.
Le duc, persuadé du génie
de sa fille, souhaitait qu’elle pût composer de « grandes
sonates » pour leurs deux instruments. Ambassadeur à Londres de 1770 à 1776, il y
avait acquis une flûte permettant de jouer le do grave.
Cet instrument, auquel sont destinés aussi bien le
concerto KV 299 que les pièces du présent manuscrit, était alors
rare voire unique à Paris, où les flûtes ne descendaient qu’au ré, comme dans
les autres oeuvres pour flûte de Mozart. Les leçons s’interrompirent avec le
mariage de Mademoiselle de Guînes le 26 juillet.
Ce cahier d’apparence modeste
comporte 44 pages. Il constitue un précieux document pour l’étude de
l’enseignement de la composition par Mozart, dont il est le plus ancien témoin.
On y retrouve les types d’exercices que Mozart décrit minutieusement dans une
lettre à son père du 14 mai 1778, où il déplore aussi le manque d’idées
musicales de son élève − qu’elle était semble-t-il la première à reconnaître.
Cependant, ce cahier, dont le dernier exercice est resté inachevé et dont les
six dernières pages sont vierges, correspond probablement aux dernières leçons
de Mozart.
Le manuscrit porte
les mêmes estampilles qu’une copie française du concerto pour flûte et harpe,
contemporaine de la composition de l’œuvre, longtemps passée inaperçue et révélée
aux spécialistes en 2020. Ils font à l’évidence partie des « deux paquets de musique » confisqués au domicile du duc de Guînes rue
de Varenne le 4 mai 1794 et entrés dans les années suivantes à la Bibliothèque.
En dehors de quelques exercices entièrement
notés par Mademoiselle de Guînes, les mains du maître et de l’élève se mêlent dans
des proportions variables partout ailleurs. Six des pièces pour
flûte et harpe sont complètes et pourront enrichir le répertoire
pour cette formation. Ces pièces − qui partent certes toujours d’une idée proposée par Mozart −
pourraient nuancer le jugement sans appel qu’il émettait dans une lettre du 9
juillet quant à l’inaptitude de son élève à composer.
Radio France donne vie à cette partition
Cet inédit, enregistré cette semaine à la Maison de la Radio
et de la Musique, sera interprété pour la toute première fois en public le 21
juin dans la salle Ovale de la BnF Richelieu, par deux musiciens de l’Orchestre
Philharmonique de Radio France : Mathilde Calderini, première flûte solo, et
Nicolas Tulliez, harpiste. Cette représentation marquera également le
dévoilement en avant-première du manuscrit.
Des extraits de cette interprétation, enregistrée à cette
occasion, seront diffusés en avant-première mondiale dans la matinale de France
Musique lundi 22 juin à partir de 8 h.
Au micro de Jean-Baptiste Urbain : Gilles Pécout, président de la BnF, Sibyle Veil, présidente- directrice générale
de Radio France et Michel Orier, directeur de la musique et de la création de
Radio France.
Écouter l’émission du 22 juin
La pièce sera diffusée en exclusivité et dans son
intégralité le 22 juin à 15 h
dans l’émission de Lionel Esparza : Relax !, à l’occasion d’une édition spéciale « Mozart
à Paris ».
Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France
: « Redonner vie à une oeuvre oubliée de Mozart est un honneur exceptionnel
pour une formation musicale.
Que cette création soit portée par l’Orchestre
Philharmonique de Radio France témoigne de l’excellence de ses musiciens et de
leur engagement au service de la transmission du patrimoine. À travers cette
première mondiale, Radio France réaffirme pleinement sa mission de service
public : faire vivre les grandes oeuvres, accompagner la création et partager
avec le plus grand nombre les moments qui marquent l’histoire de la musique. »
Les manuscrits autographes de Mozart à la BnF
Le département de la Musique de la BnF conserve la plus
importante collection de manuscrits musicaux autographes de Mozart après celles
détenues à Salzbourg, ville de naissance du compositeur, par l’Internationale
Stiftung Mozarteum, et à Berlin par la Staatsbibliothek.
La plus grande partie
de ces 45 manuscrits, parmi lesquels ceux de Don Giovanni ou du Concerto pour
piano et orchestre no 23, ont été donnés ou légués à la bibliothèque du
Conservatoire de Paris, dont les collections font aujourd’hui partie intégrante
de celles du département de la Musique. Néanmoins, deux de ces manuscrits font
dès l’origine partie des collections de la Bibliothèque nationale : celui de
l’air de concert Conservati fedele KV 23 et celui qui vient d’être découvert.