miércoles, 4 de agosto de 2021

LE DERNIER ÉTÉ DE SISSI, L'IMPÉRATRICE D’AUTRICHE

Assassinée en septembre 1898, l’impératrice Sissi passe les derniers mois de sa vie à sillonner l'Europe, loin de la cour d’Autriche où elle ne s'est jamais plu. Un été qui se terminera tragiquement sur les bords du lac Léman...


L'impératrice Sissi passe le dernier été de sa vie à la Kaiservilla avant de rejoindre Genève. Le dernier voyage de "l'impératrice Locomotive".

© Heritage Images / Fine Art Images / akg-images

Le 10 septembre 1898, le chemin de l’impératrice Élisabeth d'Autriche, affectueusement surnommée "Sissi", croise celui de Luigi Lucheni, un Italien de 25 ans. Funeste rencontre.

L'épouse de l'empereur François-Joseph est en Suisse depuis deux mois. À Genève où elle a ses habitudes, elle réside à l’hôtel Beau-Rivage avec une partie de sa suite. Sissi aime particulièrement la ville située au bord du lac Léman pour sa tranquillité de vivre. Mais l'heure de repartir est déjà arrivée.

Embusqué sur le quai où mouille le bateau Genève sur lequel doit embarquer l'impératrice, l'ouvrier se jette sur elle et l’assène d’un coup net à la poitrine. L’arme, une lime enfoncée dans un manche de bois, a suffi à porter le coup fatal à Sissi, à la santé déjà bien fragile.

L'assassin, anarchiste, ne vise pas l'impératrice en particulier. Lucheni veut avant tout frapper les "persécuteurs des ouvriers", selon ses aveux une fois derrière les barreaux.

Elle meurt loin de François-Joseph qu’elle a épousé à seize ans à peine en 1854 mais auprès de qui elle n'arrivera jamais tout à fait à être elle-même. Loin aussi de son pays d’adoption, l’Autriche, auquel elle ne s’est jamais habituée.

Sissi étouffe à la cour d’Autriche

Toute sa vie, elle se sentira seule, délaissée par son mari, mal-aimée par une Cour trop corsetée.

Étouffée par le poids des obligations et par sa belle-mère, l’archiduchesse Sophie, toujours derrière elle, Sissi ne parvient pas à s’épanouir. Pour elle qui a grandi sur les rives du lac de Starnberg entourée par la nature, Hofburg, le palais impérial à Vienne est une prison dorée.

La mort de sa première fille Sophie, puis celle de son fils unique Rodolphe, qui se suicide en 1889, finissent par lui faire perdre le goût de la vie. Le seul moyen de sortir de cette dépression qui la ronge est de se déplacer aux quatre coins de l’Europe.

Au palais impérial comme à Schönbrunn, la résidence d’été des Habsbourg, le besoin de voyager de l’impératrice est connu de tous. François-Joseph le premier se résout, le coeur lourd, à laisser son épouse s'éloigner. "Je préfère te savoir heureuse loin de moi que malheureuse près de moi ."

Madère, Corfou, l'Italie, l'Égypte, Sissi sillonne l'Europe

Car Sissi ne tient pas en place : Madère, Corfou, l'Italie, l'Égypte, la France... À partir de 1894, la comtesse Irma Sztàray, dame de compagnie de Sissi, est chargée d’accompagner l’impératrice dans chacun de ses déplacements. Ce n’est pas tâche aisée, car elle-même se considère comme "une inlassable mouette", incapable de s'installer dans un seul port.

Sissi se découvre très tôt une passion pour le train. Avec la reine Victoria, — la première souveraine britannique à voyager en train en 1842 —, elle contribue à l'essor du chemin de fer à la fin du XIXe siècle en Europe.

L'impératrice, qui utilise des noms d'emprunt lors de ses déplacements, voyage tellement qu'on la surnomme "l'impératrice Locomotive" comme le rappelle Hortense Dufour dans son livre Sissi, les forces du destin. Elle a d'ailleurs une ligne de chemin de fer à son nom, "le chemin de fer de l'impératrice Élisabeth" qui relie Vienne à Salzbourg via Linz.

Le palais de Sissi à Corfou, l'Achilléon. © ullstein bild / Werner OTTO / akg-images

Passionnée par la Grèce, sa langue et sa mythologie, l'impératrice se rend le plus possible en Grèce qu'elle découvre en 1861. Le coup de cœur sera tellement fort que vingt-sept ans plus tard, en 1888, elle achètera une villa à Corfou, puis la rasera pour se faire construire un palais dans le style néoclassique : l'Achilléon. De ce palais, elle dira "c'est mon asile où je n'appartiens qu'à moi".

Son obsession de la santé 

Consciente de sa grande beauté, elle fait de sa santé et de son physique une obsession. L'impératrice voue un culte tout particulier à son tour de taille et fait extrêmement attention à sa ligne. Toute sa vie, elle se fixe une limite de cinquante kilos pour un mètre soixante-douze.

Elle s'astreint à de nombreuses séances de sport, alternant marche forcée pendant des heures dans les jardins du château de Schönbrunn — ses dames de compagnie n'arrivent pas à la suivre — équitation et séances d’haltères et de tractions. Orthorexique avant l'heure, elle frôle l'anorexie et souffre d'anémie.

Sur les conseils de ses médecins — le docteur Fisher puis le docteur Skoda —, Sissi se rend sur les bords de la Méditerranée, au climat plus chaud qu'à Vienne. Là-bas, l'air est pur, la nature encore sauvage. Elle "prend les eaux" aussi dans des stations thermales réputées — notamment à Forges-les-Eaux en Normandie —, une pratique très en vogue.

La Suisse, le dernier voyage de sa vie

La Suisse fait partie des destinations préférées de Sissi. Ses nombreuses villégiatures au bord du lac Léman, et ses stations thermales réputées comme Évian ou Thonon, lui offrent la sérénité qu'elle cherche tant.

Le 30 août 1898, elle monte à bord du train impérial direction Montreux d’abord, puis Genève. Elle ne le sait pas mais cela sera son dernier voyage. Elle a 60 ans.

Le 16 juillet, elle a vu pour la dernière fois François-Joseph. Les époux se sont retrouvés à la Kaiservilla de Bad Ischl en Autriche, la résidence où ils passent l'été depuis leur mariage, le seul endroit où Sissi s'est vraiment sentie chez elle.

Elle s’était installée dès les beaux jours dans ce petit palais loin du décorum de Vienne entouré de paysages verdoyants. François-Joseph venait lui rendre visite tous les samedis pour le week-end. Après tant d’années sans vraiment se comprendre, le couple avait enfin retrouvé une forme de stabilité et d’osmose.

Mais, l'empereur doit rapidement rentrer à Vienne et "fidèle à ses décisions brutales qui épuisent son entourage, elle ordonne qu’on mette son train spécial sous pression et qu’on fasse ses malles", raconte l’historien Jean des Cars dans son livre Les derniers jours des reines.

À Genève, elle s'installe à l’hôtel Beau-Rivage, renvoie sa suite et enchaîne les excursions incognito pendant quelques jours : petites boutiques, musées... L'impératrice adore passer inaperçue pour se fondre dans la masse.


Sissi et sa dame de compagnie, la comtesse Sztàray juste avant la mort de l'impératrice, le 3 septembre 1898. © akg-images / Imagno

Cette fois, l’empereur François-Joseph n’est pas tranquille à l'idée de la laisser partir : dans toute l’Europe, les mouvements anarchistes menacent la société bourgeoise de la fin du XIXe siècle.

Un corbeau annonciateur de malheur

Le 9 septembre 1898, la veille de son décès, elle déjeune chez la baronne Julie de Rotschild. Assise dans le jardin Brunswick avec sa dame de compagnie, elle s’apprête à manger une pêche pour se rafraîchir. Au moment de croquer dans le fruit, un corbeau lui fonce dessus et fait tomber la pêche au sol. "Un corbeau n’est pas bon signe. Il annonce toujours un malheur dans notre maison…", aurait-elle dit sur le moment, toujours selon l’historien Jean des Cars.

Un autre mythe raconte qu'une semaine avant, c’était un fantôme blanc qui lui apparaissait au balcon de son hôtel de Caux, où elle était en cure. Mais Sissi n’a pas peur de la mort, elle l’attend pour rejoindre ses deux enfants décédés de son vivant, Sophie et Rodolphe. "Je désire la mort, je ne la crains pas, car je ne puis croire qu’il existe une Puissance assez cruelle pour ajouter aux souffrances de cette vie et continuer à tourmenter l’âme lorsque celle-ci a quitté le corps", avait-elle dit à sa fille Marie-Valérie.

Le 10 septembre, elle refuse de prendre le yacht privé mis à sa disposition par la baronne de Rotschild pour rejoindre Territet. Comme tout le monde, elle prendra le bateau public de la Compagnie générale de navigation de 13h40.

"Ma vie s’enfuira par une toute petite ouverture du cœur", avait-elle écrit un jour. Sa prophétie se sera finalement réalisée.

Impératrice Sissi  François-Joseph Ier  Autriche  Histoire

Par Louise Ginies

https://www.pointdevue.fr/histoire/le-dernier-ete-de-sissi-limperatrice-dautriche_5150.html

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