Du 17 mars au 19 juillet 2026
Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
La Promenade, 1870
© Image courtesy of the J. Paul Getty Museum
Les tableaux colorés et joyeux d’Auguste Renoir, son
iconographie des guinguettes et des bals publics, ont fait de lui un « peintre
du bonheur ». Cette réputation a parfois conduit à le marginaliser parmi les
grands peintres de la modernité, au motif que celle-ci ne saurait être que
mélancolique ou ironique, désabusée ou désenchantée. Son œuvre propose pourtant
une réflexion originale sur la modernité, placée sous le signe de l’amour,
entendu à la fois comme force régissant les relations humaines et comme sentiment
guidant le regard de l’artiste sur ses modèles, sur le monde et sur la peinture
elle-même.
« Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une
peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse » (Auguste
Renoir.)
À l’occasion des cent cinquante ans du Bal du moulin de la
Galette (1876), chef-d’œuvre des collections impressionnistes du musée d’Orsay,
cette exposition réunit pour la première fois ce corpus majeur des « scènes de
la vie moderne » – tableaux à plusieurs figures représentant des sujets
contemporains (distincts des portraits et des paysages) – réalisés par Renoir
au cours des vingt premières années de sa carrière (1865-1885).
Durant cette période,
il participe à l’invention collective d’une « Nouvelle peinture » aux côtés de
Manet, Monet, Morisot, Degas ou Caillebotte. Il se distingue toutefois de ses
amis impressionnistes par son sens singulier de l’empathie et sa capacité
d’émerveillement, ne choisissant que des sujets heureux et en mettant toujours
en valeur ses modèles.
Ce regard « amoureux
» se manifeste par un goût prononcé pour les liens – dans ses motifs
(conversations, repas, danse…) comme dans sa manière de peindre, attentive à
tout ce qui peut contribuer à un sentiment d’unité (gestes des personnages,
lumière enveloppante, équilibre des couleurs, touches fluides et esquissées qui
fondent les objets les uns dans les autres).
L’exposition met aussi en évidence la prédilection de Renoir pour la représentation du jeune couple mais entend déconstruire une idée reçue qui voudrait que sa peinture soit « sentimentale ». Au contraire, elle évite l’expression trop directe des émotions, la narration romanesque, tout autant que les mises en scène érotiques.
Admirateur des peintres français du XVIIIe siècle (Watteau, Boucher, Fragonard), Renoir fait renaître une atmosphère de « fêtes galantes » et promeut une forme de liberté de mœurs et d’égalité entre les sexes dans le Paris de la fin du Second Empire et des débuts de la IIIe République.
Ce choix doit être compris à la lumière de la biographie de
l’artiste impressionniste, qui mène alors une « vie de bohême » marquée par des
relations considérées alors comme « illégitimes », et replacée dans le contexte
du XIXe siècle marqué par le mariage et les normes bourgeoises, la morale
religieuse, la place importante de la prostitution et de très fortes inégalités
entre les hommes et les femmes.
Dans ce cadre, les
grands formats de Renoir consacrés au couple heureux, à la « camaraderie »
(selon le mot de son ami Rivière) et à la convivialité, apparaissent comme
autant de manifestes contre la violence des rapports entre les sexes, les
antagonismes de classe et la solitude croissante de la vie urbaine.
Coorganisée avec la National Gallery de Londres et le Museum
of Fine Arts de Boston, cette exposition offre un regard renouvelé sur des
tableaux si célèbres qu’il est devenu difficile d’en percevoir aujourd’hui
toute la nouveauté.
Pour la première fois
depuis 1985 – date de la dernière rétrospective Renoir organisée à Paris – une
exposition rassemble un ensemble resserré mais significatif d’œuvres (environ
cinquante peintures) de la première partie de la carrière de l’artiste, parmi
lesquelles ses plus grands chefs-d’œuvre : de La Grenouillère (1869, Stockholm,
Nationalmuseum) aux Parapluies (1881-1885, Londres, The National Gallery), en
passant par La Promenade (1870, Los Angeles, The J. Paul Getty Museum), la
Danse à Bouvigal (1883, Boston, Museum of Fine Arts) et Le Déjeuner des
canotiers (1880-1881) très exceptionnellement prêté par la Phillips Collection
de Washington.
https://www.musee-orsay.fr/fr/programme/agenda/expositions/renoir-et-lamour
EDITORIAL ACANTILADO
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