lunes, 29 de junio de 2026

DÉCOUVERTE D’UN MANUSCRIT AUTOGRAPHE INÉDIT DE MOZART AU DÉPARTEMENT DE LA MUSIQUE DE LA BNF

Diffusion le 22 juin sur France Musique

Andante de Mozart (1er violon et basse) et Mlle de Guînes (2e violon) p. 10 du manuscrit - © Élie Ludwig / BnF

La BnF a découvert et identifié un manuscrit inédit de Wolfgang Amadeus Mozart rédigé lors de son séjour parisien de 1778. Ce document se présente sous la forme d’un cahier de 44 pages réunissant les leçons de composition dispensées à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes (1759-1795), harpiste accomplie et fille du duc de Guînes. Localisé en février 2026 au département de la Musique de la BnF, cet ensemble constitue une source précieuse pour éclairer la manière dont Mozart concevait et transmettait l’enseignement de la composition.

Gilles Pécout, président de la BnF : « Cette découverte est bien, d’après les spécialistes, l’une des plus importantes de ces dernières décennies. 

À un double titre : parce qu’elle permet de documenter le dernier séjour de Mozart à Paris et parce qu’elle nous révèle dans son quotidien ce qu’est l’activité du jeune professeur Mozart, en dialogue avec son élève. 

Je suis heureux de redire que Mozart est aussi chez lui à la Bibliothèque nationale de France, grâce à des dons et à des acquisitions qui ont fait de notre département de la Musique le second gisement mozartien après celui de Salzbourg. L’identification de cet autographe confirme l’universalité de nos collections et laisse augurer de nouvelles et fructueuses coopérations scientifiques et artistiques internationales, notamment avec l’Autriche. »

Une découverte majeure

Le 2 février 2026, François-Pierre Goy, conservateur chargé des collections antérieures à 1800 au département de la Musique de la BnF, examine un cahier de musique anonyme et sans titre de la fin du XVIIIe siècle. Il a la surprise d’identifier une des écritures comme celle de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). 

Il sollicite alors l’avis de sa collègue Laurence Decobert, cheffe du service Iconographie et documentation au département des Arts du spectacle de la BnF, après avoir dirigé celui des Collections patrimoniales du département de la Musique. Commissaire de l’exposition Mozart, une passion française présentée à la Bibliothèque en 2017 et également musicologue, Laurence Decobert connaît bien les manuscrits et l’écriture du compositeur et confirme cette hypothèse. Le manuscrit est ensuite expertisé en avril 2026 par Armin Brinzing, directeur de la Bibliotheca Mozartiana du Mozarteum de Salzbourg, qui valide à son tour l’attribution et souligne l’importance du document.

Les leçons de composition données à la duchesse de Guînes

L’utilisation pour ce manuscrit d’un papier français et le contenu − des exercices de composition et sept pièces pour flûte et harpe − permettent d’y voir un témoin des leçons que Mozart donna quotidiennement de mai à juillet 1778, durant son dernier séjour à Paris, à Marie-Louise-Philippine de Bonnières de Guînes fille d’Adrien-Louis de Bonnières de Souastre, duc de Guînes (1735-1806), flûtiste renommé et commanditaire du concerto pour flûte et harpe KV 299. 

Le duc, persuadé du génie de sa fille, souhaitait qu’elle pût composer de «grandes sonates» pour leurs deux instruments. Ambassadeur à Londres de 1770 à 1776, il y avait acquis une flûte permettant de jouer le do grave. 

Cet instrument, auquel sont destinés aussi bien le concerto KV 299 que les pièces du présent manuscrit, était alors rare voire unique à Paris, où les flûtes ne descendaient qu’au ré, comme dans les autres oeuvres pour flûte de Mozart. Les leçons s’interrompirent avec le mariage de Mademoiselle de Guînes le 26 juillet.

 Ce cahier d’apparence modeste comporte 44 pages. Il constitue un précieux document pour l’étude de l’enseignement de la composition par Mozart, dont il est le plus ancien témoin. On y retrouve les types d’exercices que Mozart décrit minutieusement dans une lettre à son père du 14 mai 1778, où il déplore aussi le manque d’idées musicales de son élève − qu’elle était semble-t-il la première à reconnaître. Cependant, ce cahier, dont le dernier exercice est resté inachevé et dont les six dernières pages sont vierges, correspond probablement aux dernières leçons de Mozart.

 Le manuscrit porte les mêmes estampilles qu’une copie française du concerto pour flûte et harpe, contemporaine de la composition de l’œuvre, longtemps passée inaperçue et révélée aux spécialistes en 2020. Ils font à l’évidence partie des «deux paquets de musique» confisqués au domicile du duc de Guînes rue de Varenne le 4 mai 1794 et entrés dans les années suivantes à la Bibliothèque. 

En dehors de quelques exercices entièrement notés par Mademoiselle de Guînes, les mains du maître et de l’élève se mêlent dans des proportions variables partout ailleurs. Six des pièces pour flûte et harpe sont complètes et pourront enrichir le répertoire pour cette formation. Ces pièces qui partent certes toujours d’une idée proposée par Mozart − pourraient nuancer le jugement sans appel qu’il émettait dans une lettre du 9 juillet quant à l’inaptitude de son élève à composer.

Radio France donne vie à cette partition

Cet inédit, enregistré cette semaine à la Maison de la Radio et de la Musique, sera interprété pour la toute première fois en public le 21 juin dans la salle Ovale de la BnF Richelieu, par deux musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France : Mathilde Calderini, première flûte solo, et Nicolas Tulliez, harpiste. Cette représentation marquera également le dévoilement en avant-première du manuscrit.

Des extraits de cette interprétation, enregistrée à cette occasion, seront diffusés en avant-première mondiale dans la matinale de France Musique lundi 22 juin à partir de 8h. Au micro de Jean-Baptiste Urbain : Gilles Pécout, président de la BnF, Sibyle Veil, présidente- directrice générale de Radio France et Michel Orier, directeur de la musique et de la création de Radio France.

Écouter l’émission du 22 juin

La pièce sera diffusée en exclusivité et dans son intégralité le 22 juin à 15h dans l’émission de Lionel Esparza : Relax!, à loccasion dune édition spéciale «Mozart à Paris».

Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France : « Redonner vie à une oeuvre oubliée de Mozart est un honneur exceptionnel pour une formation musicale.

Que cette création soit portée par l’Orchestre Philharmonique de Radio France témoigne de l’excellence de ses musiciens et de leur engagement au service de la transmission du patrimoine. À travers cette première mondiale, Radio France réaffirme pleinement sa mission de service public : faire vivre les grandes oeuvres, accompagner la création et partager avec le plus grand nombre les moments qui marquent l’histoire de la musique. »

Les manuscrits autographes de Mozart à la BnF

Le département de la Musique de la BnF conserve la plus importante collection de manuscrits musicaux autographes de Mozart après celles détenues à Salzbourg, ville de naissance du compositeur, par l’Internationale Stiftung Mozarteum, et à Berlin par la Staatsbibliothek. 

La plus grande partie de ces 45 manuscrits, parmi lesquels ceux de Don Giovanni ou du Concerto pour piano et orchestre no 23, ont été donnés ou légués à la bibliothèque du Conservatoire de Paris, dont les collections font aujourd’hui partie intégrante de celles du département de la Musique. Néanmoins, deux de ces manuscrits font dès l’origine partie des collections de la Bibliothèque nationale : celui de l’air de concert Conservati fedele KV 23 et celui qui vient d’être découvert.

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