miércoles, 8 de diciembre de 2021

ET VOILÀ FINALEMENT LE PRIX NOBEL 6 OCTOBRE, 2022! UN PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE POUR ANNIE ERNAUX? L’IDÉE N’A RIEN D’ABSURDE. DES QUESTIONS À RÉSOUDRE

 La grande distinction littéraire mondiale est remise ce jeudi 7. Les bookmakers parient sur l’écrivaine française. Ont-ils raison? La réponse autour de 13h, et pour attendre, voici un tour des hypothèses

Eléonore Sulser

Stéphane Gobbo

Elle figure ce mercredi en tête, à 8 contre 1, sur le site britannique de paris de Ladbrokes, juste devant Ngugi wa Thiong’o – lui aussi coté à 8/1 –, Haruki Murakami, challenger de toujours à 10/1, et Margaret Atwood, autrice de La Servante écarlate. A la veille de l’attribution du Prix Nobel de littérature, l’écrivaine française Annie Ernaux est considérée, par les bookmakers, comme la plus «nobélisable» de toute la littérature mondiale.

Que signifie ce classement flatteur, noté par le Guardian et plusieurs autres médias? Est-il vraiment le signe d’une élection à venir? Seule l’annonce de la décision du jury suédois mettra véritablement fin à ces interrogations. Ce sera ce jeudi 6 octobre, à 13h – «au plus tôt», précise l’institution des Nobel. Pour autant, l’apparition d’Annie Ernaux en tête de liste ne va pas sans une certaine cohérence.

Annie Ernaux vue par le dessinateur Frassetto. — © Roberto Ricciuti/Getty Images

Première condition pour être distingué par les Nobel, la traduction, notamment en anglais. Or, si Annie Ernaux, qui est née en 1940 et publiée depuis 1974, est lue et étudiée depuis longtemps par le monde universitaire anglo-saxon, son œuvre majeure, Les Années (The Years), publié en français en 2008, n’a été traduite qu’une dizaine d’années plus tard; L’Evénement (Happening), livre fondateur sur l’avortement, n’est lui aussi sorti que récemment en anglais. La parution de The Years, très remarquée, avait permis à Annie Ernaux de figurer en 2019 sur la dernière liste des prétendants au Man Booker International Prize. Depuis, les traductions en anglais d’autres livres de l’écrivaine se sont multipliées. Cette activité à la fois intense et tardive de traduction explique peut-être pourquoi Annie Ernaux n’est pas apparue plus tôt sur les listes des bookmakers – ce qui d’ailleurs est assez bon signe, au vu de précédents exemples.

Pas assez de femmes

A ceci s’ajoute la rareté des lauréates féminines, 16 en tout et pour tout. Seules neuf femmes ont obtenu un Prix Nobel de littérature au XXe siècle, et déjà – c’est heureux – sept au XXIe siècle. Parmi ces 16 écrivaines, cependant, on ne compte pas une seule francophone. La nomination d’Annie Ernaux pourrait donc s’inscrire dans une logique qui incite les jurés à regarder du côté des écrivaines et à varier les langues, les genres littéraires et les pays distingués. Mais cette même logique pourrait aussi pousser les jurés à porter leur regard sur l’Afrique, continent pauvre du Nobel de littérature avec seulement quatre écrivains couronnés dans l’histoire du prix. A quoi s’ajoute le fait que l’an passé c’est déjà une femme, la poétesse Louise Glück, qui a été élue.

Un prix qui serait mérité

Enfin, il faut le dire, Annie Ernaux mérite un Prix Nobel de littérature. Son œuvre, largement autobiographique, possède une valeur à la fois littéraire et historique. Si son écriture est «blanche», selon le terme consacré, la façon dont elle regarde, aborde et restitue le réel visible et invisible témoigne d’une maîtrise et d’un art remarquables et singuliers. Si son travail est pour une part un retour à soi, à sa vie, il n’a rien de nombriliste, au contraire. Il est dans la surprise, dans l’interrogation, jamais dans le témoignage ou la thèse.

Ses livres – plus d’une vingtaine à ce jour – pour être personnels n’en renvoient pas moins à la condition des femmes et racontent ce tournant majeur qu’a représenté pour elles le XXe siècle, avec l’avènement des droits et de la contraception. Mais Annie Ernaux ne se limite pas au monde féminin, dans ses textes. C’est toute une époque qu’elle s’emploie à restituer, se faisant ainsi l’autobiographe de toutes celles et ceux qui, comme elle, ont traversé la seconde partie du XXe et le début du XXIe siècle. E. Sr.

https://www.letemps.ch/culture/un-prix-nobel-litterature-annie-ernaux-lidee-na-rien-dabsurde

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