martes, 8 de octubre de 2013

DÉCÈS DE PATRICE CHÉREAU, L´HOMME BRÛLÉ




Le metteur en scène est décédé lundi 7 octobre, victime à 68 ans, d’un cancer.

Armestre/AFPPatrice Chéreau, en 2006, à Madrid
Il travaillait à une nouvelle mise en scène de Comme il vous plaira de Shakespeare, annoncée pour le mois de mars au Théâtre national de l’Odéon.
Avec cet article

Il a révolutionné le théâtre et l’opéra. Il a bouleversé le cinéma. Patrice Chéreau, l’enfant prodige de la scène et de l’écran est décédé le 7 octobre, après des années de lutte contre le cancer qui a fini par l’emporter. Célébré, porté aux nues en France et au-delà, et, en même temps, sauvage, il était celui par qui l’événement se crée; par qui, aussi, le scandale arrive.
On se souvient des réactions violentes d’une partie de la critique et du public face à sa « relecture » de la Tétralogie de Wagner, présentée, avec Pierre Boulez, à Bayreuth, en 1976 (une mise en scène qui fait référence depuis); on n’a pas oublié le choc provoqué, en 1983, par son film L’Homme blessé, descente aux enfers des amours interdites, à la désespérance crue, au lyrisme douloureux et échevelé.
Cependant, on garde tout autant en mémoire la splendeur des images et l’émotion directe et brûlante suscitée par d’autres de ses films (La Reine Margot, Ceux qui m’aiment prendront le train…, Intimité, Persécution…), comme par la plupart de ses spectacles: Phèdre de Racine et La Douleur de Duras avec Dominique Blanc, parmi les derniers, au théâtre; l’ Elektra, de Richard Strauss, au festival d’Aix-en-Provence, cet été. En cinquante ans de parcours, Patrice Chéreau a réalisé une dizaine de films, signé autant de mises en scène à l’opéra, une quarantaine au théâtre.
Premier coup d’essai, premier succès
Un parcours qu’il a commencé très tôt. Né le 2 décembre 1944 à Lézigné, dans le Maine-et-Loire, il fit ses débuts en amateur, à peine entré au Lycée Louis-le-Grand. Un groupe de théâtre existe. Il le rejoint. S’y lie avec d’autres « amateurs » qui ont, aussi, fait leur chemin (Jean-Pierre Vincent, Jérôme Deschamps). Il s’essaie furtivement à être acteur (il a une réplique dans Clitandre de Corneille!), mais sa vocation est ailleurs: la mise en scène, le travail sur les textes et sur le jeu des comédiens. À 19 ans, il se lance avec une adaptation de L’Intervention de Victor Hugo.
Ce coup d’essai est son premier succès. Désormais, Patrice Chéreau ne s’arrêtera plus, courant le monde et la France. À 22 ans, il prend la tête, avec Jean-Pierre Vincent, du Théâtre Gérard-Philipe à Sartrouville.
Il gagne quatre ans plus tard le Piccolo Teatro de Milan, accueilli par l’Italien Giorgio Strehler. Revient, en France, en 1972, au TNP de Villeurbanne, adoubé par Roger Planchon. Il y propose, entre autres, une Dispute inoubliée dont la mise en scène se résume en une phrase: « Marivaux tient la porte et Sade fait son entrée ».
C’est l’époque, encore, d’un pari fou: il monte avec Gérard Desarthe, l’intégrale du drame d’Ibsen, Peer Gynt. Le spectacle dure neuf heures!
En 1982, Chéreau est nommé à la direction du Théâtre des Amandiers de Nanterre. Aussitôt, il y crée une école où se formeront Vincent Perez, Valeria Bruni Tedeschi, Agnès Jaoui… Il révèle au grand public des artistes « invités » comme Luc Bondy (aujourd’hui directeur de l’Odéon), et un jeune auteur dont il deviendra le metteur en scène quasi-officiel: Bernard-Marie Koltès. Il en sera même l’interprète, comédien que l’on découvre fabuleux lors des reprises de Dans la solitude des champs de coton, d’abord avec Laurent Malet, puis avec Pascal Greggory.
un artiste à l’exigence toujours insatisfaite
En 1990, Patrice Chéreau abandonne de lui-même le Théâtre des Amandiers. À peine sa liberté retrouvée, il revient au cinéma pour tourner Intimité. L’opéra ne l’attendra pas longtemps: en 1993, il s’attelle au Wozzeck de Berg, présenté au Châtelet, puis à Berlin et à Tokyo.
De fait, il semble ne s’être jamais arrêté, brûlant sa vie au rythme fou de son travail. Approfondissant en permanence l’art de diriger les acteurs, leur imprimant une pulsion que ceux-ci n’auraient jamais pensé posséder en eux. Cherchant, avec une obstination toujours plus forte, à faire rendre leur vérité aux corps.
Héritage d’un père peintre qui, avouera-t-il, lui a tout appris de l’art, de l’architecture, des volumes, de l’espace, et qu’il n’a jamais vu en repos. Mais, aussi, manière d’aller au bout de soi et de son existence, que l’on a retrouvé jusque dans ce sentiment de violence submergeant le spectateur à chacune de ses mises en scène, au théâtre comme au cinéma.
Elle est le signe d’un artiste à l’exigence toujours insatisfaite, le regard fiévreux, semblable à celui du Bonaparte qu’il interprétait, en 1985, dans le film de Youssef Chahine – un « regard qui voit tout, attentif au moindre détail, sans que rien lui échappe », confie le cinéaste Stéphane Metzge. « Chéreau pensait toujours qu’il pouvait aller plus loin, comme un ébéniste qui raboterait, poncerait sans cesse un meuble pour en améliorer la courbe. »
C’était il y a trois ans, dans La Croix. Patrice Chéreau était l’invité du Louvre. Pendant deux mois, le musée lui avait ouvert ses salles pour y organiser des rencontres, des lectures, des concerts, un parcours musical, de la danse, des projections d’opéras et de théâtre, un cycle cinéma… ainsi que la création, dans le Salon Denon, de la pièce du Norvégien Jon Fosse, Rêve d’automne: un spectacle troublant, traversé par l’obsession la disparition et du néant. À l’instant précis du passage de la vie à la mort. À l’exact point d’intersection, quand les deux ne font plus qu’un.
 Récompenses au théâtre 
 Hamlet: Molière du meilleur en scène en 1989.
 Le Temps et la Chambre: Molière du meilleur spectacle public en 1992.
 Dans la solitude des champs de coton: Molière du meilleur metteur en scène, en 1996.
 Phèdre: Molière du meilleur spectacle service public en 2003.
Prix Europe pour le Théâtre et Grand Prix de la Sacd en 2008
 Au cinéma 
 L’Homme blessé: César du meilleur scénario, en 1984
 La Reine Margot: prix du jury et prix d’interprétation féminine (Virna Lisi), à Cannes, en 1994; César de la meilleure actrice (Isabelle Adjani) et des meilleurs seconds rôles féminin et masculin (Virna Lisi et Jean-Hugues Anglade) en 1995.
 Ceux qui m’aiment prendront le train: César du meilleur réalisateur, du second rôle féminin (Dominique Blanc) et de la photographie (Éric Gautier) en 1999.
 Intimité: Ours d’or et Ours d’argent de la meilleure actrice (Kerry Fox) à Berlin. Prix Louis Delluc en France, en 2001.
 Son frère: Ours d’argent à Berlin, en 2003. Cette année-là, Chéreau préside le jury du festival de Cannes.

DIDIER MÉREUZE  

http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Deces-de-Patrice-Chereau-l-homme-brule-2013-10-08-1036519

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