jueves, 11 de enero de 2018

"PURITANISME" POST-WEINSTEIN : "CATHERINE DENEUVE NE PARLE PAS AU NOM DE LA FRANCE"

La signature de Catherine Deneuve sous une tribune polémique sur le climat post-Weinstein lui fait faire le tour du monde. Revue de presse.

Catherine Deneuve a signé "tout de suite". Juste le temps de lire le texte et de rappeler sa copine Catherine Millet, et son nom était ajouté à celui des 99 autres femmes signataires d'un texte publié mardi dans "le Monde" et qui s'alarme du climat "puritain" qu'aurait déclenché l'affaire Weinstein. Des milliers de femmes qui affirment, en France et dans le monde, qu'elles n'accepteront plus en silence d'être harcelées ou agressées par des hommes, quelle que soit leur rang social ? Un tournant "victimaire" du combat féministe, qui s'apparente d'ailleurs à une "haine des hommes", tancent les 100 femmes.

Ce point de vue, qui n'est pas nouveau mais qui va à rebours des mouvements #Metoo et #Balancetonporc (et du sens de l'histoire, diront des féministes), a fait bondir. Et la signature de Catherine Deneuve, actrice de renommée internationale oscarisée et césarisée, a largement permis à la tribune d'élargir les frontières du débat.
"Laissez-moi vous expliquer"
"Catherine Deneuve dit que les hommes devraient 'avoir le droit d'importuner' les femmes", titre en anglais l'Agence France-Presse dans une dépêche reprise à travers le monde, notamment dans le "Guardian". "Catherine Deneuve et d'autres dénoncent le mouvement #MeToo", titre aussi le "New York Times".



Catherine Deneuve à la première de "Sage-femme", à la Berlinale, le 14 février 2017. (Gregor Fischer / dpa / AFP)

Dans les colonnes du "Guardian", l'auteure et dramaturge australienne Van Bandham, répond directement à l'actrice. "Laissez-moi vous expliquer pourquoi #metoo n'a rien d'une chasse aux sorcières", écrit-elle. Aux 100 signataires de la tribune du "Monde" qui s'estiment "suffisamment clairvoyantes pour ne pas confondre drague maladroite et agression sexuelle", Van Bandham répond :
"Même celles d'entre nous qui n'ont pas d'Oscar, qui ne feront jamais partie d'une clique d''écrivaines, d'artistes et d'universitaires' ayant le privilège de blablater dans 'le Monde' peuvent faire la différence. Les serveuses, les vendeuses, les soldates, les scientifiques, les étudiantes (et n'importe qui d'autre) qui se sont fait 'importuner', ont dit non, ont essayé de s'en aller, n'ont pas consenti, ne voulaient clairement pas être là – et ont été ignorées."
"Avec leur lettre", conclut l'auteure, "Deneuve et ses amies [...] se mettent du côté de ceux qui trouvent des excuses pour s'en prendre à des femmes sans pouvoir, pas du côté de ceux qui défendent leur liberté".
"Trahie et en colère"
Dans "the Independent", site d'info britannique, Holly Baxter ironise :

"En faisant le tour de la presse internationale ces jours-ci, je m'aperçois qu'il existe un sujet relatif aux droits humains qui nécessite notre attention de toute urgence : le droit pour les hommes de draguer les femmes."
"Et ces autres droits humains négligés ces derniers temps, qui sont tout aussi nobles et importants ? Le droit de mettre votre main sur la cuisse de votre employée, par exemple", demande la journaliste. "Alors lorsque j'ai entendu que Catherine Deneuve et un groupe d'artistes et d'universitaires avaient écrit au 'Monde' pour dire que le droit des hommes à 'séduire' les femmes devrait être protégé, j'ai été ravie."
"En tant que féministe, en tant que millennial, en tant que française, je me sens trahie et en colère", écrit dans le "New Statesman", un hebdo britannique, la journaliste Pauline Bock. "Catherine Deneuve ne parle pas au nom de la France ni au nom du féminisme français", écrit-elle, notant qu'en associant le "féminisme" à une supposée "haine des hommes", les signataires montrent bien qu'elles n'y comprennent rien.

Et de citer quelques-unes des "nombreuses françaises géniales que le monde devrait regarder et écouter", comme l'auteure Virginie Despentes, la réalisatrice Amandine Gay ou la blogueuse Emma.

"Police du puritanisme"
Moins ironiques, d'autres titres ont choisi de se ranger derrière la tribune. Dans "Die Welt", un journal conservateur allemand, on peut lire (la citation est du "Courrier international") :

"Dans un pays dont la culture et la littérature se caractérisent depuis des siècles par le libertinage, la galanterie et la liberté sexuelle, et qui a produit des auteurs comme le marquis de Sade ou le philosophe Michel Foucault, la police du puritanisme – pour qui toute tentative de drague un peu lourde est assimilable à un crime – ne pouvait pas œuvrer longtemps sans susciter de résistance.”
"Courrier international" cite également une chroniqueuse québécoise du "Journal de Montréal" persuadée que "jamais une telle lettre ne serait publiée ici au Québec", et s'inquiète du fait que "l'on fasse sur la place publique le procès d'hommes qui n'ont pas le droit de réplique ni de présomption d'innocence".


https://www.nouvelobs.com/societe/20180110.OBS0445/puritanisme-post-weinstein-catherine-deneuve-ne-parle-pas-au-nom-de-la-france.html

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