domingo, 25 de enero de 2015

LE GOUNOD NOUVEAU EST ARRIVÉ!



Alors qu'Actes Sud publie sa correspondance avec sa muse et protectrice Pauline Viardot, son opéra historique «Cinq-Mars» renaît à Versailles.
En dehors du tube Nuit resplendissante, que connaît-on de Cinq-Mars, antépénultième opéra de Charles Gounod? Rien ou presque. Pourtant, cette œuvre de la maturité compta comme un ouvrage décisif dans la vie et la carrière du père de Faust. C'est ce qu'affirment les chercheurs du Palazzetto Bru Zane. Le Centre de musique romantique française, basé à Venise, s'apprête à célébrer la résurrection de ce rare chef-d'œuvre, recréé à la fin du mois à l'Opéra royal de Versailles.


Un événement artistique et musicologique. Car pour le Palazzetto, Cinq- Mars n'a rien à envier aux ambitions musicales de Faust: «Le grand opéra historique avait toujours été une sorte de Graal pour Gounod, dont on a dit toute sa vie ou presque qu'il était bien meilleur dans le genre plus léger de l'opéra-comique, explique Alexandre Dratwicki, directeur scientifique du centre. Lorsque l'opportunité se présente enfin à lui en 1876, par l'intermédiaire du tout nouveau directeur de l'Opéra-Comique, Carvalho, il se jette corps et âme dans le travail.» L'enjeu, à l'époque, est immense.
Depuis Roméo et Juliette, en 1867, Gounod n'a plus composé d'opéra. Carvalho entend créer le «buzz» avec son grand retour au genre lyrique. Achevé en trois mois, l'ouvrage semble taillé pour le succès. Les costumes s'inspirent du peintre Gérôme, alors à la mode. Le sujet, lui, n'est autre que celui du premier grand roman historique à la française: Cinq-Mars, d'Alfred de Vigny. Parue en 1826 et en vogue dans toute l'Europe, cette histoire romantique sur fond de conspiration met aux prises un marquis légitimiste avec Richelieu.
Minutieuses recherches
La première version de l'opéra, créée le 5 avril 1877 à Paris, est un triomphe. «Comparez les élans dramatiques du trio du troisième acte avec les ciselures archaïques du ballet, rapprochez les chœurs élégants des courtisans de la grande scène de la Conspiration, et vous comprendrez ce qu'il y a de passion dans l'âme enthousiaste de M. Gounod, ce qu'il y a d'esprit dans cette tête gauloise, ce qu'il y a d'adresse dans la main de l'un des plus forts musiciens de ce temps-ci», peut-on lire trois jours plus tard dans la célèbre gazette de critiques Le Ménestrel. «À tel point, poursuit Dratwicki, qu'un représentant de la Scala de Milan présent dans la salle décide de commander à Gounod une version italienne.»
Le compositeur s'exécute mais supprime les parties parlées pour les remplacer par des récitatifs chantés, retravaille tout l'ouvrage, compose même une nouvelle fin pour l'acte III. Tant et si bien qu'une autre version française voit le jour quelques mois plus tard. Elle sera créée à l'Opéra-Comique en 1878.
C'est celle-ci, plus fidèle à l'idéal de Gounod, que le Palazzetto a entrepris d'exhumer. Une tâche épique. Jusqu'à la découverte, il y a seulement deux mois et demi, à Naples, du conducteur d'origine (la partition utilisée par le chef, sur laquelle figurent toutes les parties d'orchestre, de chœur et des solistes), reconstituer le matériel d'orchestre nécessita de minutieuses recherches. «L'éditeur de la première version, Léon Grus, avait réussi à devancer son principal rival, qui possédait tout Gounod. Pour marquer le coup, il avait fait un tel battage que l'on trouve des partitions de la première version en quantité. Celles de la deuxième, en revanche, sont introuvables dans les bibliothèques parisiennes. Nous les avons pistées et retrouvées aux quatre coins du monde, y compris à Washington!»
Recherches qui pourraient n'être qu'un début: «Les détenteurs du fond Gounod nous ont montré des esquisses qui sont vraisemblablement celles d'une troisième version que le compositeur avait en tête», confie Alexandre Dratwicki, au comble de l'excitation. Le musicologue le sait: figure musicale célébrée dans le monde entier, Gounod est un exemple idéal du remarquable travail d'exhumation du Palazzetto, sur une époque (le XIXe et le début du XXe siècle) dont on pensait avoir cerné chefs-d'œuvre et personnalités. La publication, le 7 janvier, des Lettres de Charles Gounod à Pauline Viardot, qui inaugure un nouveau partenariat avec Actes Sud, va dans ce sens. Compilée et critiquée par la spécialiste de la chanteuse, Melanie von Goldbeck-Stier, cette somme éclaire le musicien sous un jour inédit, notamment «son rapport ambigu aux femmes et à sa muse».

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